31 août 2013

Suite française - Irène Némirovsky

« Les événements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l'âme d'un homme mais il la précisent comme un coup de vent en balayant les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre. »


Auteur : Irène Némirovsky
Éditeur : DeNoël
Nombre de pages : 434 pages
22€

sumé :
Ecrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'Exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des femelles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modestes. Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent les routes de France bombardées au hasard...
Peu à peu l'ennemi prend possession d'un pays inerte et apeuré. Comme tant d'autres, le village de Bussy est alors contraint d’accueillir des troupes allemandes. Exacerbées par la présence de l'occupant, les tensions sociales et frustrations des habitants se réveillent...

Mon avis :
Juin 1940, l'armée allemande attaque la France par la Belgique et c'est la débâcle. Les gens fuient devant l'avancée de cette armée qu'on dit sanguinaire et terrible. Sur les routes de France, les esprits s'échauffent et la France montre son autre visage.
Tiré au hasard dans la bibliothèque de ma mère, je me suis rendue compte que je l'avais déjà commencé mais jamais fini et je ne comprends pas vraiment pourquoi. J'ai été emporté par cette histoire écrite dans l'instant, par quelqu'un qui a vécu cet Exode.
Contrairement à une grande partie des livres écrits après les faits, après la guerre, Irène Némirovsky n'essaye pas de montrer que les français sont de pauvres victimes des grands méchants loups allemands. Sans distinction de race, de genre ou de nationalité, elle nous montre les vicissitudes de l'âme humaine, son côté le plus sombre. Coupé en deux parties « La Tempête » puis « Dolce », elle rentre à l'intérieur des maisons pour décortiquer la vie et les réactions de ces français qui fuient leurs maisons, leurs villes, leur pays et qui devront ensuite faire face à l'Occupant haï de tous.
La partie intitulée « La Tempête » se penche sur les français durant l'Exode, cet Exode qui est aujourd'hui un tabou de notre pays. Elle raconte les petits malheurs, les sacrifices mais aussi les petites joies et les petites victoires mais surtout, elle sonde l'âme de ces hommes et de ces femmes qui fuient vers le Sud. Cet écrivain qui se pense plus important que la populace mais qui se fait voler ses vivres, ce jeunot qui décide de partir à la guerre alors que tout est perdu... Toutes ces âmes perdues au milieu de centaines, des milliers de semblables partout en France. On suit avec inquiétude et une fascination assez macabre ces destins, en ce demandant quel prochain coup du sort va les toucher.
Dans « Dolce », nous suivons la vie d'un petit village où stationne une compagnie allemande et je trouve que c'est dans cette partie-là que le talent de l'auteur est à son paroxysme. En faisant côtoyer les vaincus et les vainqueurs, les faibles et les forts, elle montre ce que sont capables les êtres humains pour survivre mais elle nous montre aussi que le patriotisme prend certaines fois le pas sur l'instinct de survie. Refusant de cantonner les méchants sous l'uniforme allemand et les gentils chez ces paysans français, elle mélange tout le monde, prouvant que l'inhumanité n'est pas l'œuvre d'un peuple mais de l'Humanité toute entière. Là aussi, on suit avec fascination l'hypocrisie des français, la gentillesse crédule des allemands mais aussi l'amour et la haine, le respect et l'insolence entre ces deux peuples qui cohabitent tant bien que mal.
Je dois vous avertir que le livre fini assez « abruptement » à la fin de partie 2 pour une simple et bonne raison : Irène Némirovsky était juive et elle fut arrêtée avant d'avoir pu finir son manuscrit. Dans mon édition, on trouve ses notes concernant la suite qu'elle envisageait – 3 partie supplémentaires – et qu'elle n'a jamais pu finir. Je... Je l'ai lu avec beaucoup d'attention et j'ai aimé découvrir quel destin elle voulait pour ses personnages. En faisant assassiner Irène Némirovsky à cause de sa religion, les nazis ont tué une des grandes auteures de son époque, une auteure qui avait su cerner les autres mieux que quiconque.

Une œuvre magistrale écrite dans le feu de l'action mais qui laissera un goût amer aux personnes qui aimerait savoir l'après. 

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