14 février 2014

L'étoile jaune et le croissant - Mohammed Aïssaoui

« Et je leur donnerais dans ma maison et dans mes murs un mémorial et un nom qui ne seront pas effacés. » Isaïe 56, 5


Auteur : Mohammed Aïssaoui
Editeur : Folio
Nombre de pages : 196 pages
8,10€

sumé :
Sur les 23.000 « Justes parmi les Nations », il n'y a pas un seul Arabe et pas un musulman de France ou du Maghreb. Alors, j'ai décidé de chercher. On m'a souvent répété : « Mais les témoins sont morts aujourd'hui. » J'ai exhumé des archives, écouté des souvenirs, même imprécis, et retrouvé de vraies histoires : comme celle de cette infirmière juive ou celle du père de Philippe Bouvard qui ont échappé à la déportation grâce au fondateur de la Grande Mosquée de Paris, Kaddour Benghabrit. Cet homme a sauvé d'autres vies.
Et l'action du roi Mohammed V au Maroc durant l'Occupation ne lui vaudrait-elle pas aussi le titre de Juste ?

Mon avis :
Il y a quelques années l'auteur s'est étonné que sur les 23.000 Justes parmi les Nations, il n'y ait aucun musulman de France ou du Maghreb. Alors, il a décidé de partir sur leur traces, de les retrouver et de donner à leurs histoires une nouvelle visibilité.
Je viens de me rendre compte que je n'ai pas encore chroniqué aucun livre sur la Shoah sur ce blog alors que c'est un sujet qui me passionne, maintenant l'erreur est réparée. Tout d'abord, merci à Folio et Livraddict pour ce livre que j'ai dévoré en une après-midi. Le résumé m'a conquis et l'intérieur aussi et je vais vous expliquer pourquoi ce livre est fantastique.
Tout d'abord, c'est ni un roman, ni un témoignage mais la quête d'un homme à la recherche de réponses à ses nombreuses questions dont la plus importante : quelle fut le rôle de la Grande Mosquée de Paris durant l'Occupation ? Grâce à lui, j'ai appris beaucoup de choses sur l'attitude de certains musulmans par rapport à la déportation juive, prouvant que l'antisémitisme qui serait la même chez tous les musulmans n'est qu'un mythe. J'ai aimé partir avec l'auteur sur les traces de ces hommes qui ont bravés les lois et le danger pour sauver leur contemporains.
La personnalité qui m'a le plus intéressé est Si Kaddour Benghabrit (c'est lui qui apparaît sur la couverture du roman), le chef de la Grande Mosquée de Paris de 1926 à 1954 qui aida plusieurs juifs à échapper à la Gestapo. Vu comme ça, on pourrait l'inscrire directement sur la liste des Juste parmi les Nations mais ce n'est pas aussi facile. L'auteur va en faire l'expérience. En France et en Israël, il va éplucher les archives de nombreuses institutions, cherchant des preuves tangibles de cette aide. Comme lui, on sent qu'il existe un papier, quelque part, qui permettrait de prouver clairement que Si Kaddour Benghabrit a aidé ses compatriotes juifs mais impossible de mettre la main dessus. On sort terriblement frustré de ce petit livre, se disant que certaines fois, les gens sont des idiots qui ne se rendent pas compte de la valeur de leurs possessions.
J'ai aussi aimé ce livre parce qu'il pose la question de la mémoire. Souvent, lorsque l'on perd un/une aïeul, on se rend compte qu'on ne sait pas grand-chose sur elle. C'est ce que fait remarquer l'auteur concernant la Shoah et l'Occupation allemande en général. Les survivants ont tellement voulu oublier, les enfants ont tellement eu peur d'en parler que maintenant, nous les petits-enfants, on se retrouve devant des murs infranchissables pour tenter de se souvenir. Les survivants meurent les uns après les autres, certains sans jamais avoir raconté leur histoire, leur horreur et si personne ne leur demande de parler, tout finira par s'oublier. Cette thématique est valable pour tous les conflits, toutes les horreurs du XXe siècle et ça m'effraie. L'auteur touche quelque chose de sensible et qu'on oublie trop facilement : quand il n'y aura plus personne pour nous « La dernière fois, ça a commencé comme ça. », qu'est-ce qui nous empêchera de refaire les mêmes erreurs ?

Un livre magnifique et terriblement frustrant qui pose une question importante pour les générations futures, celle de la mémoire.

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