21 mars 2014

Fatherland - Robert Harris

« L'histoire correcte vaut cent divisions, tu te souviens ? C'est là qu'on stocke l'histoire erronée. »



Bienvenue dans l'Allemagne nazie, l'Allemagne nazie de 1964. Plus un polar qu'une uchronie à part entière, le monde créé par Robert Harris fait quand même froid dans le dos. L'atmosphère du régime hitlérien est très bien retranscrit, avec ses coups bas, ses machinations et ses grands noms qui se tirent dans les pattes pour avoir la préséance sur le Führer. Dans les pages de ce roman, on retrouve tous les vrais protagonistes de l'époque nazie, du plus insignifiant au plus important. On sens que l'auteur a travaillé son sujet et qu'il s'est documenté avant d'écrire. Très intéressée par l'histoire contemporaine – et surtout cette période – les nombreux anachronismes (comme Kennedy vivant en 64) m'ont bien fait rire et m'ont permis de prendre un peu d recul face à cette atmosphère sombre qui règne durant tout le roman. J'ai aussi beaucoup aimé que Robert Harris se soit basé sur les véritables plans d'Hitler, la Welthaupstadt Germania pour créer le Berlin de son histoire. J'avais l'impression d'être ces colons allemands de l'est qui débarquent pour la première fois dans la capitale.
Il est vrai que l'uchronie reste au second plan mais grâce à cette base solide créé par l'auteur, j'ai pu facilement plonger dans ce roman et y croire. Le côté polar m'a aussi intéressé mais un peu moins que l'univers. On suit l'inspecteur March, membre de la Kriminalpolizei de Berlin, qui enquête sur le suicide de deux anciens nazis de haut-rangs à quelques jours du Führertag. Un des points fort du roman est aussi que le personnage principal n'est pas un nazi en puissance. Il est un SS honoraire mais il voit son pays – et son monde – avec les yeux d'un homme désabusé, qui n'y croit plus et le lecteur peut donc voir son monde à travers des yeux plus neutres.
J'ai très vite été interpellée par ces morts suspectes et j'ai eu envie d'en savoir un peu plus sur le pourquoi. Et je suis un peu mitigée sur la réponse. Ils sont tués pour cacher quelque chose mais j'attendais quelque chose de plus spectaculaire. Robert Harris utilise une ficelle facile, une part de l'histoire réelle très connue alors que j'aurais aimé trouver quelque chose de moins « emblématique ». La référence à ce sujet dans la dernière phrase du résumé m'a fait tilter dès le début. Par contre, j'ai beaucoup aimé cette idée que si il avait gagné, personne ne s'en souviendrait, comme si ça n'avait jamais existé. Il reste que l'enquête est très bien mené et on se rend compte que c'est moins les découvertes que la façon dont elles sont faites qui semble intéresser l'auteur.

Une uchronie créée avec réalisme, une enquête menée avec brio malgré un sujet trop facile mais qui reste un bon moment de lecture.

Fatherland, traduit de l'anglais par Hubert Galle, Robert Harris. Pocket (1997). 425 pages. 7,10€.

3 commentaires:

  1. Je connais cet auteur pour "imperium " surtout. Généralement, il passe bien avec moi !

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    1. Je ne connais pas du tout ce titre, je vais aller voir de quoi ça parle, j'ai bien aimé son style.

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  2. J'ai vu ce livre à plusieurs reprises chez les Booktubeurs et je crois qu'il pourrait me plaire, ta chronique le confirme.
    Bonnes lectures !

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