8 mars 2014

La Faculté des rêves - Sara Stridsberg

« Souvenez vous que je suis la seule femme ici qui en soit pas folle. »


Dans ce roman pas comme les autres, l'auteure nous raconte Valérie Solanas, cette féministe extrémiste qui tenta d'assassiner Andy Warhol en juin 1963. De sa naissance au milieu de la Géorgie à sa mort dans un squat de San Francisco, elle nous retrace l'itinéraire extraordinaire de cette femme qui voulait exterminer les hommes.
C'est un livre hors-norme auquel nous avons affaire là. Les premières pages ont été assez laborieuses pour moi, c'était très fouillis et j'avais du mal à comprendre où l'auteur voulait nous emmener. On passe de la mort de Valérie à des scènes de son enfance puis aux moments situés après la tentative d'assassinat. Il faut s'accrocher pour commencer tout comprendre mais au bout de quelques pages, les choses deviennent plus claires et on est conquis.
Les courts chapitres – jamais plus de 10 pages – permettent de s'arrêter facilement dans le récit sans perdre le fil narratif. J'ai du, quelques fois, m'arrêter en plein chapitre et j'ai du reprendre du début pour savoir à quel époque il se situait. Aucun chapitre ne ressemble au précédent. On en trouve composé uniquement de dialogues écrits sous la forme théâtrale et d'autres où Valérie nous raconte sa vie, ses souvenirs. Le style est vif, incisif, l'auteure enfonce sa plume dans les plaies de cette femme et remue doucement, pour en faire sortir toute la substance, toute la violence.
Ce livre vie hors des sentiers battus et je ne comprends pas pourquoi on n'en parle pas plus. Il offre une galerie de personnages tous plus dérangés les uns que les autres de Valérie, qui veut exterminer le sexe masculin à Dorothy, sa mère, qui vit dans une chimère. Les chiens ne font pas des chats, comme on dit. De plus, on peut noter le langage cru qu'utilise l'auteure, qui permet au roman de ne pas passer pour aseptisé. Ça parle de c*l, de s*xe toutes les deux pages mais ça n'en devient pas vulgaire, ça ressemble beaucoup au personnage dont s'est inspirée Sara Stridsberg.
Déception pour la postface. J'aurais voulu comprendre pourquoi un telle écriture et l'auteure ne fait que raconter qu'elle est partie dans le motel miteux où est morte Valérie. Par contre, il est à noter qu'elle explique bien la différence qu'elle fait entre la véritable Valérie et celle qu'elle a raconté dans son livre, ce qui permet de prendre un peu de recul face à la violence du roman. Par exemple, les chapitres où elle dialogue avec Valérie sont assez spéciaux mais avec la postface, je comprends son choix de les intégrer à son histoire.

Un livre d'une violence verbale inouïe mais qui touche juste. J'ai eu du mal à rentrer dedans mais dès que j'ai été emporté, j'ai eu du mal à lâcher ces pages.

Drömfakulten, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, Sara Stridsberg. Le Livre de Poche (2013). 461 pages. 7,10€.

2 commentaires:

  1. J'ai un autre titre de l'auteure dans ma PAL (dont j'ai oublié le nom), mais ton avis sur celui-ci me fait un peu peur du coup....

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    1. C'est vrai qu'il faut s'accrocher au départ mais cette auteure vaut vraiment le coup

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