1 mai 2014

Frangine - Marion Brunet

« Quand on a une vie différente, on prend ces risques là : rejets, ruptures, critiques. On peut regretter, se cacher dans un trou. Ou alors on décide d'être bien, on se bat et on mène la vie qu'on veut, la vie comme on l'aime. »


Je l'avais vu il y a quelques mois sur un blog sans qu'il ne me tente plus que ça. Cette semaine, à la bibliothèque où j'étais en stage, il était sur une table tout seul alors je me suis laissée tentée. On est loin du coup de cœur mais j'ai quand même passé un agréable moment.
C'est l'histoire de Julie, Maline, Joachim et Pauline qui forment une famille pas comme les autres. C'est une famille homoparentale au XXIe siècle, chose qui ne devraient pas choquer et pourtant. Écrit du point de vue interne de Joachim, on découvre très vite que l'intolérance est toujours d'actualité et qu'elle fait souffrir. Cette année, sa petite sœur entre en Seconde et les choses ne se passe pas aussi facilement que pour lui. J'ai trouvé intéressant l'utilisation du point de vue du grand frère pour montrer l'épreuve que Pauline vit. Elle permet d'en découvrir toutes les anfractuosités.
J'ai été Pauline il y a quelques années, bouc-émissaire de ma classe, méprisée, laissée de côté, souvent seule. Ce n'était pas pour la même raison mais je me suis complètement reconnue en elle. Son repli, sa peur d'affronter ses « tortionnaires », sa peur d'aller en cours tout simplement. Je sais ce que ça fait et ce roman m'a remué les tripes à certains moments. J'avais tellement envie de la secouer et de lui dire « Ça ira mieux plus tard ». Je me rends compte que j'aurais aimé avoir son courage d'affronter mes peurs moi aussi. Ça m'a fait réfléchir sur cette période de ma vie, chose que je déteste par dessus tout.
A me lire, on pourrait croire que ce roman aurait du devenir un coup de cœur, un livre à conseiller d'urgence mais non. Ce livre est bon, l'auteur aborde un sujet sensible avec les mots justes mais il reste trop superficiel. Il est édité chez Sabarcane donc pour les plus jeunes que moi mais l'écriture est trop simpliste. Les personnages ne sont pas assez creusés, voir stéréotypés en particulier Joachim, le grand frère qui résout tous ses problèmes par la force. A certains moments, être dans sa tête m'a irrité, lorsqu'il ne se rendait pas compte qu'il devenait aussi lâche que les autres.
C'est dommage parce que l'idée de base est bonne, l'acceptation de soi, de ses différences qui deviennent nos forces avec l'âge. Elle montre aussi les côtés moins reluisants des adolescents, ceux que les parents aiment oublier : la méchanceté et la lâcheté. Marion Brunet aborde aussi le problème des époux dans les familles homoparentales face à leur propre familles, qu'elle soit acceptée ou rejetée. Sur ce point-là, elle a plus fait tilt pour moi, parce que j'ai trouvé cette partie mieux abordée. Entre Julie rejetée par sa mère et Maline que ses parents adorent, on a le droit à un petit tour d'horizon de ce qui arrive chaque jour.

Un livre pour adolescent bien construit quoique trop superficiel sur certains points mais qui pourra plaire au plus grand nombre. Marion Brunet aborde des sujets très actuels (le harcèlement scolaire, l'homoparentalité) avec tact et offre une base de réflexion aux plus jeunes sur les conséquences de leurs actes.

Frangine, Marion Brunet. Sarbacane (2013). 262 pages. 14,90€.

3 commentaires:

  1. Il m'avait fait envie lorsque je l'avais vu un peu partout sur les blogs, et puis finalement je ne l'ai pas lu. Comme toi, si l'occasion se présente, je la saisirais :)

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  2. Roman que j'ai adoré, je suis ravie de voir qu'il t'a parlé à toi aussi (et désolée de lire que tu as vécu la situation de Pauline). Je n'avais pas vu dans ce roman le sujet du harcèlement scolaire, je n'avais vu que la partie "homoparentalité" et conséquences sur les enfants. Il est plus que probable que je relise ce livre un jour, je ferai attention aux points que tu cites comme étant trop peu développés :)

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    1. Le harcèlement scolaire et la conséquence de l'homoparentalité des parents sont un point qui se rejoignent. Elle est martyrisée parce que ses parents sont homosexuelles. J'ai développé ce point parce qu'il me touche particulièrement mais je n'oublie pas que les deux sont très liés.

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