22 mai 2014

Quand les colombes disparurent - Sofi Oksanen

« Enfin, nous savons bien que la propagande a toujours pour seul but de dissimuler les faiblesses et difficultés d'un régime. Ne l'oublions pas. Il faut se préparer contre les bombes psychologiques. »


Fille d'une estonienne réfugiée en Finlande, Sofi Oksanen a encore une fois utilisée l'Estonie comme point central de son roman, l'Estonie contemporaine qui a tellement souffert. J'ai beaucoup aimé le découpage en six parties + épilogue du roman, offrant un aller-retour continue entre les années 40 et les années 60, offrant une mise en perspective de ces deux périodes dans ce pays. L'écriture de l'auteure est toujours aussi précise, décortiquant chaque scène pour en extraire tout son jus.
On suit l'histoire de trois personnages à travers ces années mouvementées, trois personnages dissemblables qui nous permettent un tour d'horizon de tous les mouvances de ces moments. Il y a d'abord Roland, résistant acharné contre les fascistes qui cherche à aider son prochain. On ne le voit pas beaucoup et pourtant, il est le point central du roman. En face de cet homme intègre, on trouve Edgar, son cousin, qui change d'idéologie au grès du pouvoir en place. Je crois que l'auteure a fait en sorte qu'on adore le détester, cet homme qui repose sur le dos d'un autre les horreurs qu'il a commis sur les fascistes. Il écrit un livre pour les soviétiques sur ces « chiens » de fascistes et son cousin va devenir le centre de son roman. Pour le meilleur et pour le pire. Puis il y a sa femme, Juudit, qui fut amoureuse d'un soldat allemand avant de se retrouver coincé à Tallinn avec son époux qu'elle déteste.
J'ai été plus intéressée par la partie dans les années 60 que par l'autre. Edgar écrit un roman – on se rend vite compte que Parts, c'est lui – pour le pouvoir en place avant d'être redirigé vers une autre occupation moins glorieuse. Sofi Oksanen nous montre les rouages, souvent illogiques, de l'administration soviétique mais aussi les pots-de-vins obligatoire et la flatterie constante de cette époque. C'est à gerber mais on est fasciné par Parts, qui manipule tellement bien les gens par devant tout en restant effrayé par derrière. Quel double-jeu ! L'auteure offre un épilogue écrit avec brio, donnant une réponse à toutes les questions qu'on ne s'est pas posé durant la lecture.

Encore une fois, Sofi Oksanen m'a emporté dans cette Estonie que j'ai de plus en plus envie de visiter. Fouillant au plus profond de l'âme humaine, elle nous montre ses mauvais côtés et nous laisse juge de ses personnages. Un triomphe pour moi.

Kun kyyhkyset katosivat, traduit du finlandais par Sébastian Gagnoli, Sofi Oksanen. Stock (2013). 396 pages. 21,50€.

1 commentaire:

  1. J'ai l'autre livre plus connu de l'auteur dans ma PAL. Ca a l'air sympa comme roman surtotu que l'Estonie n'est pas un cadre habituel !

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