22 août 2014

La Beauté du diable - Radhika Jha

« Dans la vie, ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on peut acheter, mais ce qu'on fait. Ce sont deux choses très différentes. »


Radhika Jha nous raconte ici l'histoire de Kayo, jeune mère de famille tokyoïte, dont la vie va basculer le jour où elle découvrira le monde merveilleux des grands magasins. Cette histoire aurait pu se passer à Londres, à Los Angeles ou dans n’importe quelle autre ville du monde, elle aurait racontée à chaque fois la même chose : la descente aux Enfers d'une femme obnubilée par elle-même. C'est un véritable plaidoyer contre le culte de l'apparence et ses conséquences qui se trouve entre ces pages.
Kayo est un personnage auquel on s'attache vraiment, bien qu'on puisse la trouver superficielle, à ne penser qu'à dépenser toujours plus d'argent. C'est elle qui nous raconte son histoire, avec ses peurs, ses doutes, ses croyances. Elle nous raconte comment elle est en arrivée là, comment tout à basculé dans sa vie et pourquoi elle n'a rien fait. C'est comme si elle parlait directement au lecteur, comme si elle était assisse à côté de nous et nous contait son histoire dans le creux de l'oreille. J'ai aimé suivre cette histoire, en découvrir les tenants et les aboutissants. Je voulais la secouer comme un prunier pour qu'elle arrête sa mono-maniaquerie sur le luxe et en même temps, j'étais fascinée par ce personnage qui est madame-tout-le-monde tout en étant unique.
On ouvre ici une porte sur une autre partie du Japon, celui que l'on en regarde pas, que l'on essaye d'occulter. On y voit comme la culture occidentale détruit peu à peu la culture millénaire de ce pays, comment les grandes villes prennent toujours plus de distance avec la campagne et comment ils sont entrés dans le culte du bonheur. C'est effrayant parce que le pays représenté ici est le Japon et pourtant, ça ressemble étrangement à notre propre pays, à notre propre culture. Partout dans ce qu'on appelle le Nord du globe, des hommes et des femmes oublient leur racines pour mieux s'ancrer dans le futur mais ne dit-on pas que lorsqu'on ne sait plus où l'on va, il faut regarder d'où l'on vient ? Cette histoire nous montre ce qu'il arrive lorsqu'on ne peut plus regarder d'où l'on vient pour s'aider vers où l'on va...
Le style de l'auteur est comme ces ruisseaux que l'on trouve dans les jardin zen : lisse, sans anicroche, facile à appréhender. J'ai beaucoup apprécié de trouver des mots japonais non traduits tout au long du texte, ils m'ont permis de m’imprégner en douceur de cette culture japonaise si éloignée de ma culture européenne. J'aurais pu les noter et aller lire leurs traduction après mais ça ne m'intéresse pas, je préfère garder en mémoire cette part d'exotisme.

La Beauté du diable ou comment un femme nous montre à travers un personnage doux et attachant les problèmes que vit notre monde riche actuel. Publié aux éditions Philippe Picquier, sa couverture ne paye pas de mine mais elle cache un très très bon moment de lecture. Jetez-vous dessus !

My Beautiful Shadow, traduit de l'anglais (Inde) par François Nagel, Radhika Jha. Editions Philippe Picquier (2014). 274 pages. 19,50€.

1 commentaire:

  1. De cette auteur, j'avais lu "L'odeur" mais n'avais pas été convaincue. Le style était pourtant agréable mais quelques clichés et un manque de sentiments du personnage m'avaient gênée. Ton avis m'intrigue ceci dit alors je note.

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