1 septembre 2014

Le manteau de Greta Garbo - Nancy Kaprièlian

« Il faudrait refaire le chemin inverse. Défaire cette illusion que nous prenions pour la réalité, nous réinjecter de la magie, au risque de l'aveuglement. »



Aujourd’hui, je vais vous parler d'un livre de la Rentrée Littéraire que j'ai pris plaisir à découvrir bien que j'ai eu du mal à avancer dedans, ce qui peut paraître un peu contradictoire, je vous l'accorde.
Premier roman de Nancy Kaprièlian, Le manteau de Greta Garbo oscille entre le roman et l'essai durant 280 pages, alternant les souvenirs de l'auteur et ce qu'elle imagine de la célèbre actrice. Envoyée à Los Angeles en 2012 par son magazine pour couvrir la vente des vêtements de Garbo, la narratrice craque et achète l'un deux, un magnifique manteau rouge qui n'est pas du tout de son style. Cette base lui sert, dans ce récit, à ouvrir la porte de ses souvenirs pour les laisser s'inscrire sur ses pages au grès de ses voyages intérieurs. Tout est décortiqué, son enfance, son père absent jusqu'à ses amours déçus et sa tendance à s'accrocher quand tout à déjà coulé.
Ce manteau lui sert aussi de base à une réflexion sur Greta Garbo, cette célébrité qui passa une grande partie de sa vie dans l'ombre, cachée sous ses vêtements. L'auteure n'hésite pas à jongler entre son histoire et celle de Garbo, à insérer de nombreuses références littéraires et cinématographiques (Dracula, Hitchcock, Le Magicien d'Oz, Truman Capote...) qui entraîne le lecteur dans des tours et des détours qui lui font perdre ses repères. Au début de chaque paragraphes qui agrémente ce roman sans chapitres, on ne sait plus vraiment de qui elle parle, elle, Garbo ou une des nombreuses femmes connues et inconnues dont elle parle dans ces pages  ?
Ce manteau est aussi la base d'une réflexion très intéressante sur la place des vêtements dans notre quotidien. On dit toujours que «  L'habit ne fait pas le moine  » et pourtant, à notre époque de sur-consommation, on juge trop souvent les personnes sur leurs façon de se vêtir, sur leurs goûts et leurs choix vestimentaires. Elle pose une question quelle analyse en profondeur, sans donner de réponse à la fin, pour laisser le lecteur faire son choix  : Les habits nous servent-ils à nous montrer tels que nous sommes vraiment ou nous servent-ils, au contraire, à masquer notre personnalité  ? Sa réflexion est conclue par un épilogue futuriste assez effrayant, imaginant toutes les dérives que notre monde pourrait voir arriver.

Nancy Kaprièlian signe ici un ouvrage qui ne rentre dans aucune catégorie, mi-roman, mi-essai, faisant osciller ses paragraphes entre réflexion sur elle-même et utilisation d'événements réelles pour se questionner – et questionner le lecteur – sur la mode et la place du vêtement dans notre société actuelle.

Le manteau de Greta Garbo, Nancy Kaprièlian. Grasset (2014). 281 pages. 19€.

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