18 septembre 2014

Wash - Margaret Wrinkle

« Soit vous racontez votre histoire, soit c'est elle qui vous raconte, et parfois c'est dur de voir la différence. »


Ce livre là, je peux vous le dire de suite que sa chronique va être dure à écrire. Mettre des mots sur ce qu'il m'a fait ressentir ne va pas être de tout repos mais je vais essayer.
Au XIXe, dans un domaine du Sud profond des États-Unis, Richardson, le propriétaire, va monnayer un de ses nègres, Wash, comme étalon auprès de ses voisins, propriétaires eux aussi. Découpé en sept parties, ce roman couvre toute l'histoire de Wash, depuis l'achat de sa mère jusqu'à sa mort, bien des décennies plus tard. Sa vente comme étalon n'en est qu'un morceau, le morceau qui va tout briser. J'ai aimé suivre son parcours, ses embûches au fil des ans.
Son style tout en poésie est portée par une histoire vibrante qui emporte le lecteur sur un radeau au milieu d'un ruisseau pour le conduire sur des rives plus douces. Alternant les points de vues internes et externes, elle laisse à chacun de ses personnages la possibilité de donner sa version, de s'expliquer. Parlant d'une partie de l'histoire américaine que ce pays aimerait oublier, elle s'intéresse à l'héritage qu'elle a laissé. Je ne connaissait pas du tout ces événements et les découvrir m'ont déchiré le cœur. Peut-on sérieusement considérer des gens comme inférieur à soi au point de les traiter comme de simples animaux ? Ma conscience n'arrive pas à accepter ce genre de comportements et plus je lis, plus mon esprit est un bourbier où toutes ses questions se mélangent dans un beau bazar.
Ni tout blancs, ni tout noirs, ses protagonistes sont comme des dés qu'on lance, pris dans l'engrenage de leur époque sans rien pouvoir y faire. Richardson, le propriétaire, qui cherche dans ses souvenirs à comprendre comment sa vie a pu ne pas tourner comme il le voulait, Wash, son esclave, qui a appris à vivre avec ses souvenirs et Pallas, qui les a enfouis profondément pour ne plus avoir à y faire face. Ils sont chacun une vie humaine : celui qui recherche sans cesse à comprendre ses erreurs, celui qui vit avec et celle qui les a chassé de son présent. On s'attache à eux sans condition, eux qui sont plus spectateurs qu'acteurs de leurs vies. Le fait d'entrer dans leurs têtes, de connaître leurs souvenirs, leurs sentiments m'a chamboulée de bout en bout. On apprends de nombreuses choses sur eux, sur leur passé, sur leur famille et pourtant, une part d'ombre reste toujours là.
Tennessee

Cette histoire rassemble tout ce qu'il faut pour plaire : elle est touchante, elle est pleine de poésie et elle possède des personnages que l'on voudrait cajoler. Elle raconte une partie honteuse de l'histoire américaine, celle de l'esclavage, avec brio. J'aurais voulu suivre encore Wash et Pallas et Richardson dans leurs vies mouvementée.


Wash, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut, Margaret Wrinkle. Belfond (2014). 411 pages. 20€.

3 commentaires:

  1. Je l'ai vu passer en librairie et il me tente bien ! Surtout que je trouve la couverture très belle :)

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    1. La couverture est superbe et elle reflète complètement l(atmosphère poétique de ce roman !

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