2 décembre 2014

Le maître des illusions - Donna Tartt

« Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. La beauté, c'est la terreur. »


Bienvenue dans l'univers de Donna Tartt, un univers sombre et fantasmagorique dont vous ne risquez pas de ressortir indemne. Entrez-y à vos risques et périls. Dans ce roman, son premier qu'elle mit 8 ans à écrire, Donna Tartt montre toute l'amplitude de son talent : une histoire glaçante mais qui captive le lecteur dès les premières pages, grâce à un prologue des plus déconcertants.
On suit Richard, un jeune californien qui débarque à l'Université d'Hampden dans le Vermont où il fait la rencontre d'un professeur pas comme les autres, Julian Morrow, et de ses cinq élèves, sur lesquels courent de nombreuses rumeurs. A travers ses yeux naïfs et inconscients, leurs façades se désagrègent petit à petit pour révéler leur nature profonde. Une nature qui fait froid dans le dos. L'histoire commence avec un prologue, comme un souvenir jeté sur la page par Richard, un souvenir qu'il voudrait oublier. Un meurtre. Un meurtre qui va tout chambouler et faire basculer sa vie dans un abîme de mensonges, de trahisons et de violence. Ce prologue attrape le lecteur et l'entraîne dans cette sombre histoire, pour le meilleur et le pire.
Dans un style tout en maîtrise, tout en innocence, Donna Tartt nous conte une histoire maléfique et glauque qui tiens le lecteur en haleine jusqu'au bout. C'est un abîme de négation dans lequel le lecteur tombe au fil des pages jusqu'à la dernière, jusqu'à l'acte final qui chamboule tout, de nouveau. Loin du roman policier, l'auteure creuse dans la psychologie de ses personnages pour en faire ressortir les contradictions et les défauts. L'horreur humaine dans toute sa nudité.
On ne lit pas ce roman pour savoir qui a tué mais pour savoir pourquoi on en est arrivé là. Mensonges, folie, peur, désespoir, douleur. Tout se mélange, tout s'entrecroise jusqu'au dénouement final, ce dénouement qui ne pouvait que la seule issue possible à une telle situation. Une issue terrible pour une situation inextricable. Le grand don de Donna Tartt à travers ce roman est d'y glisser des références élitistes au milieu de références plus populaires sans jamais prendre son lecteur pour un idiot. Elle le met au même niveau que celui de ces supers-étudiants de grec ancien et de ce esthète-professeur. Elle semble obsédée par la beauté, la beauté de l'Antiquité grecque mais aussi celle du Vermont, qu'elle décrit sans fin dans ces pages.

Vermont
C'est un roman magistral que nous a écrit Donna Tartt, un roman qui resta longtemps en gestation mais qui, en fin de compte, se révèle être parfait à tout point de vue. Une histoire sombre, des personnages au caractère glaçant et une atmosphère qui ne laisse pas le lecteur indifférent. Donna Tartt réussi à coup de maître avec ce premier roman qui est, aujourd'hui encore, considéré comme un des grands romans américains du XXe siècle.


The Secret History, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Alien, Donna Tartt. Pocket (2004). 706 pages. 8,40€.

6 commentaires:

  1. J'avais eu un ressenti très similaire au tien en lisant ce roman d'une noirceur opaque... c'est glaçant, très glaçant...

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  2. C'est une très belle chronique qui me donne vraiment envie de lire ce livre! L'atmosphère sombre est susceptible de me plaire. :)

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    1. Merci :) J'ai essayé de retranscrire ça du mieux que je pouvais dans ma chronique, j'espère y être arrivé !

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    2. Je pense que oui, moi je l'ai ressenti :D

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  3. Hop, billet ajouté ! (et un roman que j'ai très envie de découvrir ! )

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