30 janvier 2015

La guerre des jours lointains - Akira Yoshimura

« L'escadron de B-29 avait largué ses bombes incendiaires avant de repartir en sens inverse dans l'unique but de réduire en cendres les habitations et de massacrer les habitants. Il réalise alors que la scène qu'il avait sous les yeux s'était répétée dans un certains nombres de ville de toutes les régions du Japon, précipitant de nombreux civils dans la mort. »


Offert par melleaurel l'année dernière, je ne connaissait aucunement, ni l'auteur, ni le roman mais j'ai été bluffée par son choix, qui a su toucher avec précision dans le type de romans que j'aime. Sorti dans les années 1970, ce roman fit grand bruit car Akira Yoshimura, auteur très respecté dans son pays, osait s'intéresser à un sujet des plus tabou au Japon : la « vengeance » américaine contre les crimes de guerre japonais lors de l'Occupation du pays à la fin de la guerre.
Tout commence par un ancien membre de l'armée de l'air, Takuya Kiyohara, convaincu par un de ses supérieurs de se cacher pour éviter d'être arrêtée, accusé d'avoir décapité un pilote américain après la déclaration d'armistice. Commence alors un fuite en avant qui mènera notre personnage au quatre coin de son pays. Dès les premières lignes, on sent la patte de l'auteur, ces tournures de phrases qui semblent être la particularité de sa plume (et de sa traduction qui est très bonne). On sent aussi que tout le monde va en prendre pour son grade durant les 300 pages suivantes.
Pas du tout un plaidoyer contre les crimes américains après la guerre, le livre n'en reste pas moins très proche. A travers son personnage, fuyant dans son propre pays, c'est tous les japonais de l'époque que nous raconte Yoshimura dans cet ouvrage. Ce pays envahi, méprisé, martyrisé par les vainqueurs qui tente de garder son honneur le plus intact possible et de se relever. L'atmosphère est pesante car Takuya ne reste pas en place, changeant d'endroit souvent, ne faisant confiance à personne. Elle est aussi pesante par l'atmosphère particulière de ce pays qui a faim, de ces soldats américains qui peuvent apparaître à tout moment pour faire ce qu'ils veulent. Et puis vient la fin, cette fin à laquelle je m'attendais mais qui a su me surprendre. Malgré les crimes, malgré la haine, c'est un pays qui enfin, a retrouvé son identité, au prix de nombreux sacrifices.

La fuite en avant d'un personnage qui cherche à échapper à tout prix à son destin. Un roman magistral pour un thème difficile abordé avec beaucoup d'humanité par un auteur qui fut touché de plein fouet par celui-ci.

Toi hi no senso, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Akira Yoshimura. Babel (2007). 284 pages. 7,50€.

1 commentaire:

  1. Ah je suis contente qu'il t'ait plu...Je trouvais le sujet vraiment original !

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