14 avril 2015

Le beau Juif - Ali Al-Muqri

« La vie elle-même est un rêve qui nous est donné ; les rêveurs ne font ensuite qu'entretenir cette illusion pour qu'elle ne dépérisse pas. »


Ayant besoin de monnaie pour la machine à café – pas bien – j'ai cassé un billet de 10€ en faisant la chose la plus utile du monde : acheter un roman. Mon choix s'est tourné vers cet ouvrage qui était sur la table des nouveautés du Moyen-Orient. Avant de découvrir ce livre à la librairie, je n'avais jaais entendu parler de l'auteur. Le résumé semblait de bonne augure et je ne fus pas déçue de mon choix.
Composé de 4 parties, les deux premières suivent la relation – l'amour – qui lia Salem le juif à la belle Fatima, fille du mufti. On découvre leur rencontre, leur amour grandissant et leur fuite vers la capitale dans l'espoir d'être acceptés. Ils sont beaux, ils sont jeunes et ils sont amoureux mais le monde dans lequel ils vivent ne va pas les accepter si facilement. L'écriture d'Ali Al-Muqri est très poétique, très douce et raconter cette histoire du point de vue de Salem rends les événements beaucoup plus profonds. C'est beau et tragique, c'est une histoire d'amour qui ne tourne jamais dans le mélodrame, qui reste digne mais toujours pleine de sentiments. Je n'avais pas lu de si belle histoire depuis longtemps.
La partie 3 raconte la vie des Juifs yéménites, persécutés par l'imam du Yémen parce que le Messie rédempteur est en marche. Là encore, Ali Al-Muqri ne part pas dans le mélodrame, il insère juste ce qu'il faut de compassion dans son texte pour éviter la victimisation à tout va. Raconté par Salem, là aussi, sous la forme d'une chronique pour l'imam, auteur de ces exactions, on y voit en parallèle la vie de Salem et de son fils. La dernière partie qui s'intitule « Je suis le descendant du beau Juif... le petit-fils de Fatima » est celle qui m'a le plus touchée. Le petit-fils de Salem et Fatima raconte l'après, ce qui est arrivé à son grand-père, puis à son père après la mort du premier. Comme si, même après, on ne pouvait laisser les morts en paix. C'est une conclusion déchirante à cette superbe histoire d'amour.

C'est l'histoire d'un homme qui va devoir renier ses croyances pour élever son fils, fils dont personne ne veut car il a un père juif et une mère musulmane. C'est l'histoire du conflit immémorial qui oppose les Juifs aux Musulmans, c'est l'histoire de deux communautés butée sur leurs principes qui entraîna des tragédies à la chaîne. C'est un roman qui se déroule au XVIIe mais qui nous parle comme si Fatima et Salem vivaient aujourd'hui, au XXIe siècle. C'est un texte court mais intense.

Al-Yahûdi al-hâli, traduit de l'arabe (Yémen) par Ola Mehanna et Khaled Osman, Ali Al-Muqri. Liana Levi Piccolo (2015). 157 pages. 7,50€.

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