10 avril 2015

Le Tunnel - Ernesto Sabato

« Parfois, je crois que rien n'a de sens. Sur une planète minuscule qui court vers le néant, depuis des millénaires, nous naissons dans la douleur, nous grandissons, nous luttons, nous tombons malades, souffrons, faisons souffrir, nous crions, nous mourrons : on meurt et, au même moment, d'autres naissent pour recommencer l'inutile comédie. »


A Buenos Aires, Juan Pablo Castel rencontre Maria, une jeune femme belle et énigmatique dont il tombe amoureux. Des années plus tard, depuis sa cellule, il nous raconte son amour pour elle et les raisons qui l'ont poussé au geste ultime : son meurtre.
Cet homme misanthrope, obsédé par une femme beaucoup plus jeune que lui, qu'il pense être son âme sœur nous raconte la passion dévastatrice qui les lia des années auparavant dans les rues animées de la capitale argentine. Cette femme, Maria, devient le centre de son monde, le Soleil de son système de vie, tout ne tourne plus qu'autour d’elle. Il en devient paranoïaque, l'accusant de le tromper, de ne pas l'aimer, de lui mentir. Au fil des pages, leur amour prend une tournure de plus en plus terrible, de plus en plus dangereuse, pour lui comme pour elle. Il la suit, il s'infiltre chez lui, il ose tout pour tenter de la confondre et de trouver des preuves pour alimenter sa paranoïa.
Le grand problème de ce roman est sa fin. On la connaît dès le début, Juan nous le raconte de sa cellule que tout finira mal mais, face à cette débauche de sentiments tous aussi contradictoires les uns que les autres, ce meurtre, qui est le point central de ce roman est comme passé à la trappe. Comme si son meurtre n'était pas le plus important. Et ce n'est pas le plus important. Le plus important est cette relation qui devient comme une drogue pour lui. Il ne peut plus se passer de Maria, qui aimerait bien conserver sa part de liberté comme avant. Ces deux-là entrent en conflit régulièrement, souvent de façon stupide et inconsidérée. C'est énervant et frustrant pour le lecteur.

Dans un atmosphère oppressante, étouffante; Ernesto Sabato conte une histoire d'amour destructrice qui finit de façon tragique. C'est les tenants et les aboutissants des passions humaines que l'auteur analyse avec brio dans ce court mais fort texte.

El Tunel, traduit de l'espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu, Ernesto Sabato. Points (1995). 140 pages. 5,70€.

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