26 août 2015

2084 - Boualem Sansal

« Pour des gens qui ne sont jamais sortis de leur peur, l’ailleurs est un abîme. »


Contrairement à ce qu'on peut lire dans la presse française, 2084 n'est pas à proprement parlé l'islamisme prenant le pas sur l'Europe. On est pas dans du Houellebecq. 2084 raconte une société totalitaire ayant conquis toute la planète – ou c'est ce que la propagande dit – dans laquelle vit Ati, un ancien phtisique qui rentre chez lui après deux années hors du monde pour sa guérison. Il vit à Qodsabad, la capitale du royaume mais il ne voit plus le monde comme ses voisins.
Le premier chapitre est un grande description de ce monde totalitaire du point de vue d'Ati, avec ses réflexions dessus. Il est très approfondi par l'auteur, plein de ramifications et impossible à détruire – pour un temps. Au cours de son voyage de retour, il va faire des découvertes sur son pays, sur son monde qui va lui faire ouvrir les yeux. La première partie du roman est sa quête de la vérité – ou plutôt des mensonges qui la cache. L'Abistan est-il aussi immense que le pouvoir le dit ? Les habitants du ghettos sont-il vraiment des suppôts de Balis – Satan ? Avec l'aide d'un de ses collègues, il va enfreindre les règles, rencontrer les bannis, voyager là où il leur est interdit d'être. Cette quête est pleine de rebondissements, on la suit avec plaisir. Je n'ai pas lu ce roman, je l'ai dévoré de bout en bout. Beaucoup de références sont faites à 1984, celui d'Orwell bien sûr, un 1984 que les personnages ne connaissent pas car leur calendrier commence en 2084. Cette date est le nerf de la guerre du pays. Les explications ou théories autour de lui ouvre un questionnement auprès du lecteur.
Un questionnement sur la place de l'individu dans la collectivité, sur l'importance du libre-arbitre aussi. Il est vrai que certains noms, certaines croyances peuvent faire penser à l’État islamique – et ce qu'on en sait – actuellement. D'autres, par contre, font directement référence au totalitarisme du XXe siècle, avec « Bigaye » qui veille. Une incompréhension pour les personnages, une référence incontournable pour le lecteur. J'ai par contre été beaucoup moins charmée par la dernière partie, les histoires de politique, de coup dans le dos et de croche-pattes aux autres, ce n'est pas ma tasse de thé. L'intrigue part dans des ramifications qui finissent par être difficiles à comprendre, trop de personnages, trop de connexions entre eux. On ne sait plus très bien où l'on en est. Par contre, l'épilogue en lui-même est parfait. Il ne donne aucune réponse – ça sera trop facile – mais il offre un début de vérité sur cet univers d'uen façon très ingénieuse.

Boualem Sansal m'avait intrigué lors des réunions de Rentrée Littéraire avec cet ouvrage – et cette vibrante référence à George Orwell – et il a réussi son coup. Un roman coup de poing sur un régime totalitaire fictif qui offre un éventail de réflexions aux lecteurs, remettant en cause – de façon assez implicite – certaines décisions gouvernementales actuelles. A ne pas rater !

2084 : La fin du monde, Boualem Sansal. Gallimard (2015). 274 pages. 19,50€.

2 commentaires:

  1. J'ai failli le prendre pour le challenge 1 mois = 1 consigne ! (Mois de septembre : un livre de la rentrée littéraire). Mais je vais attendre de voir plus d'avis comme le tien avant de me lancer. :)

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  2. Ce livre a l'air très intéressant! Je me le note, j'aime bien les romans de ce genre!

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