12 mars 2016

Entre les murs du ghetto de Wilno 1941-1943 - Yitskhok Rudashevski

« Aujourd'hui, j'ai eu quinze ans et je vis confiant en l'avenir. »


Toute jeune maison d'édition créée en 2014 l'Antilope créée par deux traducteurs français pour faire découvrir de grands auteurs yiddish, de jeunes israéliens bref, de la littérature juive dans son sens le plus large. Leur deuxième publication, ce journal resté inédit jusqu'alors, sortira le 17 mars.
Yitskhok Rudashevski est un jeune garçon de 13 ans lorsqu'il est enfermé avec sa famille dans le ghetto de Wilno – l'actuelle Vilnius en Lituanie – alors en Pologne. Il va y passer deux ans avant que celui-ci ne soit vidé de ses habitants et détruit. Entre ces pages, il raconte le ghetto, un ghetto différent de ce que l'on imagine. Rien d'une longue liste de complaintes contre les privations, le froid ou la faim, Yitskhok est d'une grande maturité pour son jeune âge. Il offre une vision de l'enfermemennt qu'on ne lit pas tous les jours dans les pensée d'un adolescent. Très conscient de ce qu'il vit, de ce qui pourrait se passer, il raconte la vie du ghetto le plus régulièrement possible.
Probablement commencé à être rédigé en 1942, le journal débute en 1941, lors de leur arrivée. En quelques pages, il nous résumé de façon assez détaillée les premiers mois, la découverte d'une nouvelle façon de vivre, les premiers choix face aux persécutions de plus en plus fortes. Avec beaucoup de tact, d'amour pour les personnes présentes, il raconte la poésie qui continue de survivre dans le ghetto. Les pièces de théâtre qui furent montées, le semblant de bibliothèque toujours disponible, les cours qui continuent avec parcimonie, bref une vie presque normale. Il parle aussi de l'horreur, de la peur qui ne les quittent pas. Le moment où les familles sont séparées pour changer de ghetto, où Yitskhok et sa famille doivent abandonner sa grand-mère, en sachant qu'il ne la reverrait jamais. Il est toujours très lucide sur sa vie, sans jamais abandonner l'espoir qu'un jour les choses aillent en s'améliorant.


Avec ce journal resté jusqu'alors inédit, découvert par sa cousine après son assassinat et gardé à l'Institut pour la recherche juive, l'Antilope commence bien sa vie de jeune maison d'édition. Un journal fort, pas larmoyant pour un sou, toujours très lucide. Un trésor de la Shoah qu'il était temps d'exhumer.


Entre les murs du ghetto de Wilno 1941-1943, traduit du yiddish par Batia Baum, Yitskhok Rudashevski. Editions de l'Antilope (2016). 192 pages. 16€.

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