10 avril 2016

Charmer, s'égarer et mourir - Christine Orban

« Comprendre l'autre, c'est s'en approcher aussi, lui pardonner, se pardonner. Lever son secret, c'est risquer de découvrir le sien hagard comme le gibier pris dans un faisceau de lumière. »


Obsédé par Marie-Antoinette pendant plusieurs mois, Christine Orban a pris le parti de la raconter, cette reine adorée et détestée. Pourtant, ce n'est pas une biographie au sens propre du terme, telle que la voyait Stefan Zweig. Sans suivre la chronologie des choses, faisant des sauts dans le temps et l'espace au grès de ses pensées, l'auteur créé un nouveau type de roman.
Ce n'est pas une biographie au sens propre du terme parce qu'en plus de mettre en scène la vie de Marie-Antoinette, Christine Orban mets la sienne (de vie) en scène, liant son histoire à celle de la reine. Non, pas comme ça. Elle se fit à ce qu'elle ressent par rapport à la M. A. au fil de ses recherches pour écrire son histoire.
Marie-Antoinette, ou Antoine comme l'appelait sa mère Marie-Thérèse d'Autriche, n'est plus à présenter. Reine de France jusqu'à la Révolution française, elle fut décapitée par les républicains en 1792. Pourtant, à la lecture de cet ouvrage, j'ai redécouvert cette reine qui ne m'avait – honte sur moi – jamais vraiment intéressée et j'ai compris. J'ai compris pourquoi elle fascinait encore autant.
Mariée à quatorze ans à l'héritier du trône de France, elle ne sera jamais vraiment une Reine. Pas assez mature pour ça, ne comprenant pas les usages stricts de la cour de Versailles, elle sera raillée, humiliée et très vite traînée dans la boue par le peuple français.Christine Orban nous montre ses faiblesses,analysant son comportement pour tenter de comprendre qu'est-ce qui n'allait pas pour elle.
Très dévouée à Louis XVI, malgré la difficulté de celui-ci à « être un homme » (passez moi cette expression), elle ne connaîtra vraiment l'amour qu'avec Axel de Fersen. Fersen, aristocrate suédois, sera le favori, l'amant de la reine. Là encore, l'auteure dépoussière les vieilles croyances rétrogrades sur cette liaison pour montrer que ce n'était rien que deux personnes qui s'étaient bien trouvés.
Et puis arrive la Marie-Antoinette que l'on attendait pas, celle qui va se révéler être forte et combattante. Trop tardivement. Tout s'est déjà écroulé autour d'elle quand elle se relève enfin. J'ai beaucoup aimé l'analyse de Christine Orban sur les raisons de ce revirement de pensée, sur cet instinct maternel qui sera plus fort que l'instinct de survie.

Christine Orban se met dans la peau de Marie-Antoinette, la femme-enfant qui ne sut pas être la reine qu'il fallait, et qui devint la femme adulte qui pris conscience trop tard du danger. C'est beau, c'est plein de tendresse et c'est une véritable ode à cette femme qui fascine encore le monde 300 ans après son assassinat.


Charmer, s'égarer et mourir, Christine Orban, Albin Michel (2016). 230 pages. 19,50€.

1 commentaire:

  1. Finalement, je me rends compte que je connais peu de choses sur Marie-Antoinette, et ce ne sont pas forcément les "bonnes" choses! Je note, histoire d'améliorer un peu ma culture!

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