22 juin 2016

Le lecteur de cadavres - Antonio Garrido

« Un arbre est toujours responsable de ses fruits, mais un fruit ne peut l'être de son arbre. »

Voilà une lecture qui m'a enthousiasmée du début à la fin. Antonio Garrido nous raconte les premiers pas de la médecine légale en Chine au XIIIe siècle, grâce à une enquête menée tambour battant par un personnage principal ayant réellement existé, Ci Song. Tout commence dans la campagne, loin de la capitale, où Ci découvre un cadavre dans le champ de son frère aîné. Un juge ami de son frère, une condamnation à mort et un incendie plus tard, toute la vie de Ci s'est désagrégée. Il fuit alors vers la capitale. La première centaine de pages peut paraître longue mais elle est nécessaire parce qu'elle s'explique au fur et à mesure de l'enquête de Ci à la capitale. J'avoue m'être un peu battu avec moi-même pour continuer parce que je sentais que la suite vaudrait la peine.
Tout s'accélère vraiment à son arrivée à Lin'an, la capitale de la Chine impériale. Découvert par un professeur de l'Université pour ses dons à décrypter les causes de la mort, il est recruté par l'Empereur lui-même pour mener une enquête sur des morts suspectes. Là, les choses commence à être vraiment passionnantes, avec des mystères, des faux-semblants et des trahisons à tous les étages. Comme Ci, le lecteur ne sait plus qui il doit croire et de qui il doit se méfier. J'ai eu envie de le battre pour sa naïveté à toute épreuve. C'est un personnage qui tends l'autre joue lorsqu'il s'en prend une mais, heureusement, il finit par comprendre. Ne fait confiance à personne. On s'attache à ce jeune homme, on est derrière lui jusqu'au bout.
L'enquête sur laquelle il travaille n'est pas de tout repos. 3 cadavres, dont deux sans tête ont été retrouvé dans la ville – et dans le palais impérial. Quelqu'un semble en vouloir à l'Empereur. Grâce à ce connaissance, Ci doit découvrir qui et pourquoi dans un monde qui refuse l'ouverture des corps. Les descriptions de ses examens post-mortem sont très détaillé, la puanteur prend le lecteur au nez, le dégoût n'est pas loin. J'ai appris des choses en lisant ce livre, ce que j'adore. Avec cette dextérité à comprendre les causes de la mort, Ci possède aussi un esprit de déduction fascinant. Il relit les événements entre eux à une vitesse folle.

Les six cents pages passent à une vitesse folle. Le rythme soutenu et les ombreux retournements de situation font qu'on ne s'ennuie par une seule seconde au cours de la lecture. Ci est quelque fois exaspérant, quelque fois drôle et touchant mais on suit avec bonheur ses aventures jusqu'au bout. Je considère le procès comme l'ultime et meilleur moment du livre, parce qu'on découvre toute l’ambiguïté des personnages et des situations déjà advenue. Le début est certes un peu long à se mettre en place mais la seconde partie de l'histoire rattrape tout. C'est une lecture à ne manquer sous aucun prétexte.

El lector de cadaveres , traduit de l'espagnol par Nelly et Alex Lhermillier, Antonio Garrido. Le Livre de Poche (2015). 719 pages. 8,60€.

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