20 septembre 2016

Amour monstre - Katherine Dunn

« Quel plus beau cadeau peut-on faire à ses enfants que la capacité intrinsèque à gagner leur vie en étant simplement eux-mêmes ? »

Selon Douglas Coupland, « toutes les familles sont psychotiques » et les Binewski ne dérogent pas à la règle. Al et Lil Binewski, les parents, ont créé à partir d'une cocktail de psychotropes et d'isotopes, des enfants difformes pour en faire des monstres de foires, ceux du Binewski's Fabulon. Arturo, l'homme-poisson, les siamoise Iphy et Elly puis Olympia, la naine bossue et enfin, Fortunato, le plus normal de tous.
Préparez vous à entrer dans un texte comme vous n'en avez pas lu depuis longtemps, à côtoyer cette famille de monstres. L'ouvrage s'ouvre sur Olympia demandant à son père de leur raconter comment ils ont été créés et débute alors l'extraordinaire histoire de cette famille. Tout, du début à la fin, est vu du point de vu de la cadette, Olympia, la « moins intéressante » des enfants Binewski, qui vit dans l'ombre de ses frères et sœurs.
On alterne, deux ou trois fois, entre Olympia jeune, dans le cirque familial contant sa vie au jour le jour et la vie d'Olympia, vingt ans plus tard, qui vit aux côté de sa mère sans que cette dernière sache qui elle est, et de sa fille qui ne la connaît. Pourquoi ? A force de petits détails, l'auteure nous donne de nombreux indices sur le dénouement de cette histoire, sans jamais en faire trop.
Leur différence est leur arme contre le monde extérieur, leur force familial mais aussi ce qui les détruits tous petit à petit. Arturo, l'homme-poisson et les siamoises Iphy et Elly se disputent pour savoir qui est le phénomène préféré des visiteurs du cirque pendant qu'Olympia est tiraillé entre les deux. Ces monstres sont tour à tour attachants, horripilants, détestables, fascinant. Vu à travers les yeux d'Oly, on oscille entre compréhension de son attachement à eux et répulsion face à leurs actes.
L'écriture de Katherine Dunn – que la traduction de Jacques Mailhos transmet bien – et le style de narration offre une fin spectaculaire à cet ouvrage, tant pour le cirque que pour Olympia. Ces deux scènes, magistrales, font travailler le cerveau du lecteur à cent à l'heure, essayant d'imaginer tous les détails et toutes les informations lancée en quelques cinq pages.


Écrit en 1989 par Katherine Dunn, Amour monstre vient d'être retraduit et publié chez Gallmeister, une maison d'édition spécialisée dans les textes d'auteurs américains. Amour Monstre, c'est l'histoire d'une famille dysfonctionnelle, dont la particularité des membres, offre une histoire touchante et surtout fascinante.

Geek love, Katherine Dunn, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos. Gallmeister (2016). 468 pages. 24,80€.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire